Le Tweet de Valérie Trierweiler : autopsie d’une faute politique

12 juin 2012, 11h56, Valérie Trierweiler, la compagne du nouveau président de la république tweete :

En quelques minutes, le tweet est retweeté, mentionné, commenté par des milliers d’utilisateurs de Twitter, avant d’être repris par toutes les chaînes d’information en continu et par les éditions de 13h des journaux de TF1 et France 2.

En soutenant ainsi l’opposant à l’ancienne compagne de son compagnon, alors même que celle-ci vient de rendre public le soutien de François Hollande à sa candidature, Valérie Trierweiler déclenche une tempête médiatique et réseausocialesque d’une ampleur sans précédent ou presque. La campagne du deuxième tour des élections législatives bascule dans la comédie de boulevard, au détriment des sujets de fond qui ne manquent pas.

Quelles conséquences politiques ?

Depuis dimanche soir, François Hollande et le Parti Socialiste jouaient sur du velours. A part le duel Royal-Falorni qui prenait une petite place dans les médias, c’est surtout les difficultés de la droite à composer avec le Front National qui occupaient le devant de la scène. Difficile justification de la stratégie du ni-ni, désistement de candidats UMP en faveur de candidats FN, déclarations à l’emporte-pièce de Nadine Morano : le news-cycle était a priori favorable au Président de la République. La stratégie était simple : laisser l’UMP s’empêtrer dans ses querelles internes et pointer du doigt systématiquement toute parole ou tout rapprochement (fût-t-il exagéré) avec le FN.

Seulement voilà, de quoi va-t-on parler les trois prochains jours ? De la rivalité réelle ou supposée entre les femmes de la vie de François Hollande. Il est toujours difficile d’évaluer les conséquences électorales de ce type d’affaires, mais mon sentiment est que le Président de la République ressort particulièrement affaibli de la séquence.
Les socialistes, à qui la droite et les Français font souvent un procès en incompétence et en légèreté offrent là une image d’amateurisme absolument délétère. Comment est-il possible de commettre une telle erreur de communication ? Que se passe-t-il vraiment au sommet de l’Etat ?
Le flottement dans la position de l’Elysée depuis hier montre une certaine fébrilité : pris par surprise François Hollande ne sait comment réagir. Il a toujours dit vouloir séparer sa vie publique et sa vie privée et c’est avec cet argument qu’il justifie aujourd’hui son silence. Seulement voilà, Valérie Trierweiler a fait exploser cette frontière hier à 11h56. La réponse de l’Elysée ne peut être qu’un simple contre-feu politique. Le Président de la République n’échappera pas à une campagne de communication personnelle voire intime s’il veut rattraper cette erreur.

Les médias ont-ils tort d’insister ?

Pas entièrement. La vie privée des hommes et femmes politiques doit être protégée, jusqu’au point où des informations sur celles-ci ont une importance dans la lecture du jeu et des choix politiques. La situation de l’élection présidentielle de 2007 où les deux candidats présents au second tour mentaient sur leur situation familiale ne doit pas se reproduire. On sait les conséquences qu’ont eu dans la campagne la séparation de Nicolas Sarkozy d’avec sa femme Cécilia et la séparation du couple Hollande-Royal.
Qu’untel ou untel soit heureux ou malheureux en couple m’indiffère, mais les médias doivent en parler quand cela a des conséquences sur l’état d’esprit et la façon de gouverner de nos dirigeants.

Cela étant dit, les médias doivent aussi faire la part des choses et ne pas oublier quelles doivent être leurs priorités.
En traitant ainsi cette histoire ils cèdent à la facilité. Il est plus simple de convoquer des plateaux d’experts en vie privée de François Hollande que de réunir un panel de sociologues et politologues pour débattre de l’extrême droitisation du pays.
A n’en pas douter le tweet de Valérie Trierweiler prendra encore plus de place aux 20H que la visite de François Fillon en soutien à Nadine Morano (à la une de “minute” aujourd’hui, rappelons-le). Pourtant, fervent avocat il y a un an encore du front républicain pour faire barrage au FN, l’ancien Premier Ministre va soutenir entre les deux tours une de celles qui se rapproche le plus dans ses prises de position du Front National. Cela me semble être une information capitale, qui dit beaucoup de l’état et de la trajectoire de la droite française. Elle sera occultée par l’affaire Trierweiler.

Est-ce vraiment une première ?

En fait pas vraiment, mais on s’en souvient peu. L’absence à l’époque de la caisse de résonnance que sont les réseaux sociaux y est sans doute pour quelque chose.

Au début des années 1980 Danièle Mitterrand avait fait parler d’elle en prenant des positions très controversées sur la politique de Fidel Castro qui avaient eu des conséquences diplomatiques non négligeables à l’époque. Sous la première cohabitation, elle avait également sévérement taclé le gouvernement de Jacques Chirac, sortant ainsi du retrait que s’imposaient jusque là les premières dames en matière de politique intérieure et de politique étrangère.

Rien de nouveau donc, mis à part le fait que nous sommes entrés dans une nouvelle ère de la communication politique : c’était une erreur, c’est aujourd’hui une faute. Et elle est majeure.

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