Aujourd’hui plus que jamais, maintenons notre effort de défense !

A la faveur de la crise économique et peut-être de l’élection d’un président de gauche, le vieux serpent de mer de l’antimilitarisme refait surface. L’idée que l’on dépenserait trop pour notre défense nationale aura été une des tendances du weekend : sur Twitter pendant le défilé et ensuite dans les fils de commentaires des articles des grands sites d’information, ainsi que dans la presse puisque Libération a fait sa une du weekend sur le désarmement nucléaire.

Le pacifisme naïf qui suinte derrière bon nombre de ces réactions m’agace, voici pourquoi.

Les séries de données ayant servi à la construction des graphiques sont disponibles ici.

Les chiffres

En 2012, la France a consacré 38,2 milliards d’euros à sa défense, dont 3,3 ont été affectés au maintien de la force de dissuasion nucléaire. Il s’agit du troisième poste en valeur, derrière l’enseignement scolaire (62 milliards d’euros) et le remboursement de la dette (50 milliards d’euros).

Les trois graphiques ci-dessous montrent les dépenses et efforts militaires comparés entre les principales forces militaires dans le monde. On constate que la France est la seule avec la Russie à avoir diminué ses dépenses militaires au cours des vingt dernières années (-9%). A l’inverse les autres grandes puissances et les pays émergents ont sensiblement augmenté les leurs : +464% pour la Chine, +185% pour le Brésil, +182% pour l’Inde, +45% pour les Etats-Unis. Le Royaume-Uni, dont la puissance militaire est très semblable à celle de la France, a consenti une augmentation de son budget de défense de 13%

 

 

Attention à la fin de l’histoire

J’entends parfaitement l’argument qui veut qu’en temps de crise il pourrait être opportun de dégager des marges de manœuvre budgétaires en réduisant les crédits alloués à la défense au profit de la recherche, la santé, l’éducation, ou la réduction des déficits. Après tout, la France n’a pas été en guerre avec ses voisins depuis plus de soixante ans, le territoire national est sanctuarisé par la dissuasion nucléaire et le dernier grand engagement militaire français remonte à la guerre d’Algérie (1.8 millions de soldats mobilisés). Le temps passant, la mémoire et les souvenirs d’une France en guerre se diluent. La grande majorité des français d’aujourd’hui n’a jamais connu la guerre, si bien qu’ils n’imaginent pas que la France puisse un jour à nouveau connaître cette situation.

Cependant, je crois qu’il faut se méfier d’une vision trop linéaire de l’histoire, qui voudrait que nous ne retournerons jamais en arrière. Que sont 50 ans à l’échelle de l’histoire ? Rien ne laisse à penser aujourd’hui que le XXIème siècle sera plus pacifique que le XXème, bien au contraire. Il y a quelques jours à peine, le National Intelligence Council (NIC), branche de la CIA chargée de la prospective publiait son rapport quinquennal sensé prévoir quel sera le monde dans vingt ans. Des trois scénarios proposés, deux sont hautement pessimistes, et l’optimiste est qualifié de “peu probable”.

Dans ces conditions, baisser les crédits de la défense est une aberration, sauf à renoncer définitivement à notre statut de puissance et à notre indépendance politique, diplomatique et économique. Le scénario d’une baisse temporaire des crédits de défense pendant la crise n’est pas non plus valable. Les équipements de 2030-2050 résulteront des investissements en recherche et développement consentis aujourd’hui. Assécher ces financements aujourd’hui, c’est condamner l’industrie de défense française.

Les conséquences d’une telle décision dépasseraient les frontières du seul hexagone : la France étant avec le Royaume-Uni le seul pays européen à maintenir un effort de défense soutenu, c’est toute la défense européenne qui serait condamnée.

L’impératif de l’Europe de la défense

Il est communément admis qu’il ne sera plus possible dans les décennies à venir pour une puissance moyenne comme la France de maintenir son armée à un niveau technologique suffisant pour peser. La France, isolée, est condamnée à devenir une puissance marginale : son poids démographique est négligeable (moins de 1%) et son déclin économique relatif est inéluctable.
C’est pour cela qu’il est plus que jamais urgent de construire l’Europe de la Défense. Jusqu’aux années 2000, la défense européenne reposait sur un paradigme qui prévalait depuis la fin de la seconde guerre mondiale : ce sont aux Etats-Unis que revient la responsabilité de la défense du continent. C’est aujourd’hui terminé. En 1987 il y avait 320000 militaires étatsuniens sur le continent européen, ce nombre devrait être de moins de 60000 en 2015. Ce désengagement massif (au profit du Moyen-Orient et de la zone Asie-Pacifique) rend l’Europe vulnérable, devant se reposer sur les seules forces armées de la France et du Royaume-Uni et sur leur dissuasion nucléaire.
Jusqu’à quand cette situation sera-t-elle tenable ? Il est de la responsabilité des dirigeants européens d’avancer dans la construction de la défense européenne. Il ne sera plus possible bien longtemps de laisser à deux pays la responsabilité et la charge financière de la défense et de la dissuasion nucléaire pour 25 autres Etats.

Nous vivons une période de transition. De 1945 à 1991 le monde était bipolaire, il était devenu unipolaire à la chute de l’URSS, et devient résolument multipolaire. L’équilibre géostratégique mondial est encore incertain et il est difficile de prédire de quoi le XXIème siècle sera fait, politiquement, économiquement et militairement et c’est pourquoi, plus que jamais, si vis pacem, para bellum.

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