Transparence : l’indignation sélective

Nous vivons dans une société où le droit à la protection de notre vie privée recule chaque jour. On est pisté, fiché, géolocalisé, scruté, filmé à longueur de journée. La grande distribution, les assurances, les banques, tous rivalisent d’imagination pour en connaître un peu plus sur nous, avec bien entendu rien d’autre que d’excellentes et philanthropiques intentions.

Sous le prétexte du terrorisme, l’État lui aussi s’immisce toujours plus dans la sphère privée. On surfe sur la peur de quelques victimes civiles pour justifier un glissement de nos lois vers un système toujours plus tendancieux et dangereux à l’opposée de la démocratie telle qu’on devrait la concevoir. On pourrait d’ailleurs penser que c’est là la victoire ultime des terroristes dont l’ennemi est avant tout la démocratie représentative libérale occidentale. Toujours est-il qu’en conséquence, jamais dans l’histoire l’État n’a eu entre ses mains autant d’outils de surveillance et donc d’oppression potentielle. Il suffirait d’un fou populiste, d’une période un peu trouble ou troublée, pour que ce système de surveillance censé protéger les citoyens se retourne brutalement contre eux.

Depuis quelques jours en me réveillant j’entends beaucoup de journalistes, de politiques, d’experts de tout poil nous expliquer que la démocratie est en grand danger, que nous allons vers un monde “à la 1984” (sic). Je devrais me réjouir me direz-vous, enfin, les têtes pensantes de notre monde prennent à bras le corps ce sujet qui à coup sûr définira le 21ème siècle !

Et bien, non. Figurez-vous que ce grave danger pesant sur nos épaules, symbole de la folle course vers la transparence fascisante, c’est la publication du patrimoine des élus. La belle affaire !

Un peu de décence, messieurs.

Vous êtes les premiers à voter toutes les lois sécuritaires liberticides qui vous sont présentées au Parlement. Vous installez toujours plus de vidéosurveillance dans vos villes. Vous avez voté des systèmes de surveillance des individus complêtement fous avec pour seul but de sauver les intérêts des dinosaures de l’industrie culturelle. Vous refusez de voir le problème que pose la rétention des données et le croisement des fichiers.

Tout cela repose sur un seul et unique argument : “Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez rien à craindre.” Cet argument balaie d’un revers de la main la présomption d’innocence et pourrait justifier bien des choses : “Si vous ne pratiquez pas d’activité illégale dans votre salon, vous ne verrez pas d’inconvénient à ce que j’y installe un micro et des caméras n’est-ce pas ?”. Mais aussi et surtout mon préféré : “Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous ne verrez aucun inconvénient à ce que je regarde de plus près quel est votre patrimoine, n’est-ce pas ?

Alors oui, cette proposition relève un peu du voyeurisme, oui, la société de la transparence à tout prix n’est pas souhaitable, non, cela ne servira certainement à rien. Par contre, j’y vois une grande utilité : montrer les incohérences et les indignations sélectives de la plupart de nos élus qui, par bêtise, intérêt ou tout simplement paresse intellectuelle, refusent de voir que protéger à tout prix la vie privée des citoyens, c’est défendre, que dis-je sauver, la démocratie.

Il est encore temps, réveillez-vous !

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