Le sursaut ou la faillite

Je ne suis pas le premier à l’écrire depuis hier, les terroristes nous tendent un piège.

Leurs ennemis sont la démocratie, la liberté d’expression et le multiculturalisme, cette idée que des hommes et des femmes de culture différente, de religion différente, peuvent vivre ensemble ; Charlie Hebdo incarnait ces trois valeurs, ses journalistes ont payé pour les défendre le prix du sang.

Ces barbares veulent nous dresser les uns contre les autres, faire taire les satires et les polémistes et mettre à genoux notre démocratie : ils n’y parviendront qu’avec notre complicité.

Les larmes ne sont pas encore sèches mais on entend déjà monter une petite musique.
Il faut rétablir la peine de mort, dit Marine Le Pen.
Il faut renforcer l’arsenal juridique, dit Claude Guéant.
Il faut que les musulmans se désolidarisent disent tant d’autres, comme s’il faisait le moindre doute qu’ils soient solidaires de cette barbarie.

On sent bien que la tentation est grande de les désigner comme bouc-émissaires. Le risque est immense, l’enjeu tout autant : c’est l’âme de la nation française qui est dans la balance. Il n’y a pas de danger plus grand pour les terroristes que le pluralisme des cultures et des idées. Leur idéologie mortifère repose sur la haine de l’autre parce qu’il est différent, ce à quoi nous devons répondre par l’amour de l’autre parce qu’il est différent. Sans compromission sur nos valeurs mais aussi sans amalgame.
Le Front National et d’autres tentent d’attiser en nous le feu de la colère, flattent nos instincts les plus primaires, la nation française est plus grande que cela, elle est plus belle que cela ! Elle doit aujourd’hui se relever et quitter la dangereuse pente sur laquelle je la vois engagée. Répondre à la haine par la haine la conduira à sa perte.

Le terrorisme est une arme psychologique. Il repose sur le constat d’une infinie asymétrie des forces. Rationnellement, les terroristes n’ont aucune chance de l’emporter. Leur seul espoir est de nous faire si peur que nous ferons nous-même le travail, voterons des lois sécuritaires d’exception parfaitement liberticides et nous dresserons les uns contre les autres.

C’était déjà précisément la voie que nous empruntions avant même les événements d’hier, je n’ose imaginer désormais jusqu’où nous portera ce vent mauvais.

À tous ceux qui comme moi sont terrifiés de ce que cela pourrait signifier, je dis, au travail. Battons nous pied à pied pour nos valeurs, reconquérons les coeurs un par un.

L’histoire dira si ce sinistre 7 janvier aura été le début du sursaut ou celui de la faillite.

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