Infographie : les recettes de l’Etat

Pour continuer à vous éclairer sur la difficulté de trouver 33 milliards d’euros pour le budget 2013 je vous propose ci-dessous une infographie construite à partir de statistiques officielles (Source), présentant à l’échelle les différentes recettes de l’Etat. Elle est réalisée à l’image de celle présentant le budget de l’Etat (réalisée par Jean Abbiateci) que j’avais mise en ligne il y a quelques jours.

Vous trouverez sous l’infographie la notice méthodologique fournie par l’INSEE avec la série de donnée.

J’espère que cela contribuera à alimenter votre réflexion !

Mode d’emploi :

  • Survolez une case pour connaître le montant recueilli et la dénomination exacte de l’impôt
  • Cliquez (bouton gauche) pour zoomer sur un niveau
  • Cliquez (bouton droit) pour remonter d’un niveau

Notice fournie par l’INSEE avec la série de données : Les impôts détaillés dans ce tableau représentent 507,8 Md€ en 2011 soit 93,1 % du total des impôts. Parmi les impôts sur les produits (D214), les impôts listés représentent environ 81 % de l’ensemble. Pour les autres catégories d’impôts, les impôts listés rendent compte de plus de 95 % du total. Le montant total de la TVA excède légèrement le montant présenté ici. En effet, seule la partie classée en « impôts de type TVA » (D211) figure ici. La TVA sur les subventions, au titre de la sous-compensation agriculture, est reclassée par l’Insee en autres impôts sur la production (D29).

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Conférence sociale : pas d’annonce et une rumeur

Lundi matin, faisant preuve de toute la mauvaise foi qui me caractérise, je publiais ici en exclusivité le communiqué de fin de la conférence sociale organisée par le gouvernement. Dans ce document pastiche fait de teck et de merisier massif j’annonçais en somme que rien ne sortirait de ces deux jours et qu’on insisterait surtout sur la méthode employée.

Je n’avais qu’en partie tort.

Dans sa déclaration de clôture Jean-Marc Ayrault a ainsi longuement insisté sur le calendrier des discussions et des réformes et réinsisté sur sa volonté de faire émerger une démocratie sociale à la française, où le dialogue entre tous les partenaires aura toute sa place.
Cette méthode est saluée de FO au Medef mais est pourtant critiquée par l’UMP qui considère que la situation est telle que le calendrier doit être accéléré. Le parti de Jean-François Copé a certainement raison, mais encore n’eût-il pas fallu détruire toute forme de dialogue social dans le pays durant toute la deuxième moitié de la mandature précédente…

Mais à mes yeux ce n’est pas la critique principale que l’on peut faire à cette méthode. Elle est indispensable à la mise en place d’une démocratie sociale que j’appelle de mes vœux : que tous discutent et se mettent d’accord est nécessaire pour que les mesures et des sacrifices demandés soit largement acceptés. Mais c’est bien là qu’est toute l’incohérence : la social-démocratie requiert des syndicats représentatifs. Les raisons de l’immobilisme français sont certainement multiples, mais je suis persuadé que la non-représentativité des syndicats est l’une des principales. François Hollande comme Jean-Marc Ayrault en ont bien parlé lors de leurs discours d’ouverture et de clôture, mais assez timidement :

Un bilan sera réalisé au deuxième semestre 2013 (…) pour apprécier si des ajustements sont nécessaires

Il faudra certainement faire bien plus qu’”apprécier si des ajustements sont nécessaires” pour résoudre le problème…

La vraie nouvelle du jour, une possible hausse de la CSG

Mais le sujet qui est au cœur des discussions ce matin est la porte ouverte laissée à une augmentation d’un point de la Contribution Sociale Généralisée (CSG), qui rapporterait plus de 10 milliards d’euros. Cet impôt est, avec la TVA, l’autre impôt à assiette large. Il a rapporté 87 milliards d’euros en 2011, contre 140,5 pour la TVA, 50 pour l’impôt sur le revenu et 41 pour l’impôt sur les sociétés (source INSEE). On comprend alors qu’ayant exclu toute augmentation de la TVA, considérée comme injuste, le gouvernement se tourne aujourd’hui vers la CSG pour résoudre l’impossible équation du budget 2013. Le rapport de la Cour des comptes sur les finances publiques disait à ce propos qu’il serait “difficilement évitable” d’augmenter “au moins temporairement” la CSG ou la TVA.

Les rumeurs actuelles ne disent pas si cette augmentation d’un point s’appliquera à tous les taux de CSG, qui pour rappel sont au nombre de huit : 7.5% pour les salaires, 6.6% pour les pensions de retraites, 8.2% pour les revenus du patrimoine, 9.5% pour les revenus de jeu, 6.2% pour les revenus du chômage, 3.8% pour les salaires quand le revenu fiscal est inférieur à 9876 euros par an, et 0% pour les aides sociales (RSA, API, etc.).
Il y a là à mes yeux des marges de manœuvre disponibles pour que l’augmentation, si elle a lieu, ne soit pas facteur d’injustice fiscale et d’injustice sociale.

N’oublions pas que le projet présidentiel de François Hollande prévoyait une grande réforme fiscale contenant notamment la fusion de la CSG et de l’Impôt sur le Revenu. Le gouvernement attendra-t-il cette réforme pour augmenter la CSG ou l’urgence de la situation lui imposera-t-il d’agir en deux temps, hausse d’un point d’abord, fusion et réétalonnage ensuite ? Nous le saurons certainement rapidement.

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En exclusivité : la déclaration de fin de la conférence sociale

Petit exercice de style en ce lundi matin. J’ai rédigé le communiqué de fin de la conférence sociale qui commence ce matin et se terminera demain soir, en m’inspirant librement de différents monuments du genre…

Mesdames et Messieurs,

Vient de se conclure la première conférence sociale, telle que promise et annoncée pendant la campagne électorale. Etaient présents les partenaires sociaux, le Premier ministre et les principaux ministres concernés.

Pendant ces deux jours de travaux les deux-cents personnes conviées ont travaillé au sein de sept tables rondes portant sur l’emploi, le service public, les retraites, l’égalité homme/femme, le redressement économique, la formation et les salaires.

Les discussions se sont déroulées avec un souci de réciproque écoute entre chacun des participants et le dialogue a été tout au long de ces deux jours franc mais constructif. Tous ont affirmé leur volonté de parvenir à un accord sur l’emploi et la compétitivité face à une conjoncture économique dégradée qui pèse sur les salariés et les entreprises.

Chacun des partenaires a pu faire valoir ses inquiétudes et ses revendications, qui seront prises en compte et mises à l’ordre du jour des rencontres ultérieures.

L’objectif de ce premier contact était de mettre autour de la table tous les acteurs concernés afin de chercher ensemble les solutions aux problèmes qui se posent. Dans les semaines et les mois qui viennent le travail de ces tables rondes devra se poursuivre et le gouvernement s’engage à porter au parlement les projets qui en découleront, à la condition qu’ils répondent à la double contrainte d’efficacité économique et de justice sociale et qu’ils soient compatibles avec les engagements de la France en matière de retour à l’équilibre des comptes publics.

La conférence qui s’achève est un premier pas vers la reconstruction de la démocratie sociale française, malmenée par la majorité précédente, c’est là l’objectif poursuivi par le Président de la République, le Premier ministre ainsi que par tout le gouvernement.
La période troublée que traversent la France et l’Europe nous oblige et nous engage. Face à l’adversité, face aux difficultés que vivent nos compatriotes, il est de notre devoir de nous retrouver et de faire vivre le dialogue social dans notre pays, et notre détermination est totale.

Merci de votre attention.

 

Rendez-vous demain soir pour comparer l’original au pastiche !

 

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Infographie : les dépenses de l’état

Après quelques jours sans billet, j’avais pour ce matin le projet de réaliser une infographie détaillant les différentes dépenses de l’Etat. Après quelques recherches il se trouve que cette infographie existe déja, à peu près telle que je la concevais. Je vous donne donc le lien :

http://www.data-projet.com/budget2012/

J’essaierai dans les jours à venir de la rendre dynamique pour qu’on puisse tous ensemble jouer à trouver 33 milliards d’euros pour 2013… Je prépare également une infographie permettant de visualiser de la même manière le poids relatif des différentes niches fiscales. De quoi, je l’espère, donner matière à réflexion.

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Scoop : Hollande est un social-démocrate

Sondage du jour : François Hollande et Jean-Marc Ayrault perdent respectivement sept et six points dans le baromètre de confiance publié par le CSA. 51% des sondés font confiance au chef de l’Etat, 49% au chef du gouvernement.
Rien d’exceptionnel puisque tous les couples exécutifs connaissent ce décrochage un jour ou l’autre, mais une particularité : il intervient très peu de temps après l’élection. A titre de comparaison, Nicolas Sarkozy avait décroché en décembre 2007 (suite à l’épisode de Petra) et François Fillon en mai 2008 soit un an après sa prise de fonction.

Haro sur le Hollande

Ils n’y échapperont pas : ce gouvernement et le président de la République vont être très impopulaires.

François Hollande a réussi l’exploit de se faire élire en annonçant des mesures drastiques, sans que les électeurs ne s’en rendent compte (voir à ce sujet mon billet sur le non remplacement des fonctionnaires). Une fois en place, elles s’accumulent et personne n’est satisfait.
Le coup de pouce au SMIC ? Dangereux pour les uns, ridicule pour les autres. Le non remplacement des fonctionnaires partant à la retraite et économies de 7% en un an dans les ministères ? Mesures brutales pour la droite, un vrai scandale pour le Front de Gauche qui menace, excusez du peu, de ne pas voter la confiance au gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

Côté presse Libération titre ce matin “Fonctionnaires, Hache comme Hollande”, ou encore “Ayrault lance la ponction publique”, le Point L’Express, le Nouvel Observateur, Marianne, ont tous fait des unes assez critiques ces derniers jours. Tout le monde semble s’étonner et déplorer qu’un président socialiste puisse faire des réformes “dures”, respecter ses engagements de campagne et être à la hauteur des enjeux.

Hollande tout simplement

François Hollande reste fidèle à lui-même et à ses convictions. Les ministres les plus emblématiques de ce gouvernement (Ayrault, Moscovici, Sapin, Valls) sont tous des réformistes, d’aspiration social-démocrate, se sont battus pour que cette ligne gagne au sein du Parti Socialiste depuis plus de quinze ans. Pourquoi, alors qu’ils ont gagné dans leur camp, puis dans le pays, se renieraient-ils aujourd’hui ?

Comme il l’avait annoncé, François Hollande compte bien redresser les finances publiques et réformer l’Etat. Cela semble étonner. A gauche du Parti Socialiste on crie au “social-traître” et à l’UMP on critique la “brutalité” de la méthode. Si je n’en attendais pas moins de Jean-Luc Mélenchon dont la position est tout à fait cohérente, la position de l’UMP m’étonnerait presque. Après avoir critiqué la prétendue inconsistance et la dangerosité du programme du candidat Hollande, notamment en matière de dépenses publiques, l’opposition critique aujourd’hui ce que le candidat Sarkozy appelait de ses vœux : une réduction des déficits par l’impôt mais aussi et surtout par la réduction des dépenses.

Le quinquennat sera dur pour le président de la République et le gouvernement. D’ores et déjà isolés, ils ne pourront compter pour les réformes difficiles ni sur le soutien de l’UMP qui ne leur fera aucun cadeau, ni sur celui du Front de Gauche qui ne veut déjà pas voter la confiance, ni sur celui des syndicats qui ont le sait sont toujours plus durs avec les gouvernements de gauche qu’avec les gouvernements de droite.

Et pourtant, pourtant, il faudra tenir et réformer, car la situation l’exige et c’est ce que les Français attendent, j’en ai la certitude.

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L’opportunisme d’EELV

Solidarité ? Décence ? On connaît pas, circulez y a rien à voir. Depuis le 6 mai, EELV n’a pour ainsi dire pas loupé une occasion de se présenter comme un mouvement opportuniste et prêt à tout pour quelques postes.

Il y a d’abord eu l’incroyable ballet médiatique de différents apparatchiks EELV avant la nomination du gouvernement, qui forts des 2.64% d’Eva Joly à l’élection présidentielle voulaient, tenez vous bien, jusqu’à six postes au gouvernement. Cela avait d’ailleurs inspiré à Daniel Cohn Bendit cette phrase savoureuse : “il faudrait que les dirigeants EELV pensent à laisser quelques places au gouvernement pour les socialistes”.

Puis il y a eu la sortie de Cécile Duflot à trois jours du premier tour des législatives, rappelant que son mouvement est favorable à la légalisation de la consommation du cannabis. Fine politique, elle n’a pas dit cela par hasard et savait pertinemment qu’elle rompait ainsi la solidarité gouvernementale, après deux semaines seulement et à la veille d’un scrutin. Le sujet avait été arbitré et réarbitré, pendant la primaire et dans la campagne présidentielle, pas de légalisation du cannabis.

Puis est arrivée hier l’élection du président de l’Assemblée Nationale. Le candidat présenté par la majorité a été élu, confortablement je vous l’accorde, mais sans les voix des députés du groupe EELV. Vous comprenez, le tout-puissant Parti Socialiste avait refusé de leur accorder ce qui leur revenait à leurs yeux de droit, la présidence de la commission du Développement durable et de l’aménagement du territoire.

Le message est clair : les députés et ministres EELV ont bien l’intention de dire et faire ce qu’ils veulent pendant la mandature qui commence, au détriment de la solidarité gouvernementale et majoritaire qui devrait prévaloir.

« Il y a des services si grands qu’on ne peut les payer que par l’ingratitude »

C’est un peu vite oublier pourquoi et grâce à qui les écologistes ont un groupe à l’Assemblée Nationale, loin de représenter leur poids politique réel. Cela doit amener le Parti Socialiste à se poser la question des accords politiques pour les législatives.
La démarche part d’un bon sentiment et n’est pas dénuée d’intérêts : tenter de rééquilibrer la non-représentativité de l’Assemblée, et favoriser l’émergence de forces politiques alliées en mesure de constituer à l’avenir des réserves de voix. Mais le risque est d’arriver à une situation où l’on se prive d’une majorité absolue parce que l’on a offert (il n’y a pas d’autre mot) des sièges à une formation politique qui par la suite ne joue pas complètement le jeu majoritaire.

Une image détestable pour les écologistes

Avec ce non vote hier, en ce moment symbolique qu’est la première séance d’une législature, les écologistes ont fait une très grosse erreur politique. Leur image est déjà très dégradée, ils sont vus comme un aréopage d’opportunistes prêt à tout pour des postes. Et ce n’est pas moi qui le dit, mais (encore une fois) Daniel Cohn Bendit qui parle d’”image détestable” et d’”arrivisme”.
Prêts à avaler toutes les couleuvres pour être assurés d’entrer au gouvernement et d’avoir un groupe parlementaire (sur le nucléaire par exemple), ils choisissent de marquer leur désaccord en créant un presque-incident la première heure du premier jour de la législature pour…une présidence de commission.

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Non, le Qatar ne rachète pas la France

Ce n’est pas nouveau, les Français en général et les journalistes en particulier ont une tendance au catastrophisme particulièrement développée. Dernier exemple en date, le Qatar rachèterait parait-il la France.

Le Qatar, c’est quoi ?

Situé sur la rive sud du golfe Persique, le Qatar est une petite péninsule de 11000 km² à peine, soit l’équivalent de deux gros départements français. Lors du dernier recensement effectué en 2010 on y comptait 1,7 millions d’habitants, dont seulement 200 000 qataris.
La richesse du pays vient de l’exploitation de pétrole depuis les années 1940 et de celle du gaz depuis les années 2000. Le pays pourra compter sur cette manne pendant quelques années encore, puisque les réserves de pétrole sont estimées à plus de 25 milliards de barils (60 ans d’exploitation au rythme actuel de 1.1 millions de baril par jour), et celles de gaz naturel sont parmi les plus importantes au monde.

Qui investit, et dans quoi. 

Le bras armé de la politique d’investissement de l’émirat est la QIA (Qatar Investment Authority). Ce fonds souverain contrôlé de près par le gouvernement est un fonds de taille assez modeste, puisqu’il n’a “que” 100 milliards de dollars d’actifs. A comparer avec le fonds d’Abu Dhabi (875 milliards), celui de Singapour (330 milliards), celui du Koweït (250 milliards) ou même la Caisse des Dépôts et Consignation en France (180 milliards).

On peut à mes yeux distinguer deux types d’investissements du fonds qatari en France.
Premier type, les investissements qui relèvent du soft-power. Le QIA possède 100% du PSG, 100% du Paris-Handball, des hôtels de luxe à Paris et sur la côte d’azur, et 1% de LVMH. S’ils sont très médiatisés, ces rachats ne sont pas pour autant particulièrement importants. La puissance de la France se trouve-t-elle diminuée du fait qu’un pays étranger possède le club de foot de la capitale ou l’hôtel Martinez à Cannes. Je ne le crois pas.

Second type d’investissement, ceux dans de grandes entreprises nationales ou européennes : 12% de Lagardère, 6% d’EADS ou encore 2% de Total. Dans ce cas là, la question peut se poser, mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que toutes les parties profitent de ces montées au capital. Pour le Qatar, cela permet d’être associé à la croissance d’entreprises dont il est client ou partenaire. Cela permet de faire revenir dans le pays une petite partie des très importantes sommes investies dans l’effort de défense ou dans l’exploitation des ressources en hydrocarbures. Pour les entreprises, cela a l’avantage de pérenniser les accords commerciaux, et donc de favoriser les exportations. Alors que le marché de l’armement est devenu un marché vendeur, il est très important pour les entreprises du secteur de sécuriser leurs marchés. Favoriser les prises de participation des clients est une manière de le faire.

Du calme

En économie comme ailleurs, il faut se méfier des effets d’optique. Les médias se sont emparés d’un phénomène qui apparemment intéresse ou inquiète les Français et lui ont donné une importance hors de proportion. Il faut remettre les choses en perspective. Les investissements du Qatar en France sont des IDE (investissements directs étrangers) comme les autres et témoignent de l’attractivité de la France pour les capitaux venus d’ailleurs. Ils sont un atout pour notre économie et notre croissance, pas un danger !

Pour clore ce billet je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec les débats qui agitaient la fin des années 1980, quand, rappelez-vous, on croyait que le Japon allait “racheter le monde” et la France. Amusant avec le recul, non ? A bon entendeur….

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Non remplacement des fonctionnaires : vrais chiffres et fausse surprise

Début de polémique ces derniers jours, après un article du Figaro annonçant que le gouvernement Hollande s’apprêterait à ne pas remplacer deux fonctionnaires sur trois partant à la retraite, après avoir fustigé la règle du un sur deux pendant tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy.
La réponse du gouvernement a été de renvoyer vers le programme présidentiel de François Hollande qui disent-ils sera appliqué dans ses grandes lignes. Cet article du Figaro a créé un certain flottement dans la communication de l’exécutif et il y a de quoi puisque les chiffres avancés par le Figaro sont à peu près exacts.

Les chiffres

Le programme présidentiel de François Hollande contient deux promesses au sujet des effectifs de la fonction publique d’Etat :
1) la sanctuarisation des effectifs dans l’éducation nationale, la justice et la police, ainsi que 13000 créations de poste par an dans ces ministères : 12000 pour l’éducation, 1000 pour la justice la police et la gendarmerie.
2) ces créations se feront à effectif global constant.

En 2012 63200 fonctionnaires d’Etat partiront à la retraite, 62600 en 2013, et au delà toutes les prévisions donnent une tendance baissière : 60000 ou un peu moins en 2017.
Les ministères “sanctuarisés” représentent près de 65% de ces départs à la retraite ce qui représente plus de 40000 postes. Parmi les près de 22000 postes restant à remplacer pour rester à effectif constant, il faut inclure les 13000 créations promises. Restent donc à peu près 9000 départs à remplacer dans les autres ministères.
Mathématiquement, près de 60% des fonctionnaires partant à la retraite dans les ministères qui ne sont pas “sanctuarisés” ne seront pas remplacés. Nous ne sommes pas loin des deux tiers avancés par le Figaro.

 

Ce n’est pas une surprise

Mais se réveiller aujourd’hui et découvrir cette réalité relève soit de la mauvaise foi, soit de l’aveuglement. On aurait pu faire le calcul simple que je viens d’effectuer au mois de janvier dernier après le discours du Bourget de François Hollande. Il n’y a pas de surprise !

Aux journalistes qui lui demandaient pendant la campagne comment il allait faire, François Hollande répétait inlassablement : “je créerai 13000 nouveaux postes, cela se fera à effectifs constants”. Et quand on lui demandait dans quels ministères il allait supprimer des postes il répondait : “je créerai 13000 nouveaux postes, cela se fera à effectifs constants”. Il a parfaitement appliqué l’adage Mitterrandien qui veut qu’on ne sorte de l’ambiguïté qu’à ses dépends.

Certains de ses proches allaient même plus loin. Ecoutez ainsi ce que Jérôme Cahuzac, aujourd’hui ministre délégué au Budget disait à la matinale de France Inter le 7 février dernier (l’extrait est callé automatiquement, si ce n’est pas le cas, voir la vidéo à partir de 13’15”) :


Jérôme Cahuzac par franceinter

J’ai d’ailleurs été très étonné qu’aucun de ses adversaires, au hasard Nicolas Sarkozy ou Jean-Luc Mélenchon, ne relèvent ce flou et lui demandent de s’expliquer : il aurait eu bien du mal à répondre sans s’attirer les foudres de telle ou telle administration et provoquer une polémique.

Les foudres justement, c’est maintenant, et les polémiques aussi. Espérons pour François Hollande qu’il lui reste encore un petit peu de cette habileté de campagne, car ce ne sera pas facile…

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Mousquetaires de l’UMP : la fin d’une alliance

Jean-François Copé, Christian Jacob, Valérie Pécresse, Luc Chatel, Bruno Le Maire, François Baroin

SIPA / 20 MINUTES

Au début, en 2007, ils étaient quatre : Jean-François Copé, Bruno Le Maire, François Baroin et Christian Jacob. Puis très vite Valérie Pécresse et Luc Chatel se sont joints au petit groupe. Ces six quadras de la droite, tous issus de la Chiraquie et aujourd’hui figures incontournables de la droite ont été pendant cinq ans ceux qu’on appelait « les mousquetaires ».

Ce groupe informel se réunit une fois par mois depuis 2007 pour, dit-on, préparer l’avenir de la droite et à n’en pas douter les carrières futures des uns et des autres et en particulier celle de l’ambitieux Jean-François Copé. Le succès de ces anciens chiraquiens n’est plus à démontrer puisque dans la dernière partie du quinquennat qui s’achève, ils occupaient les postes clé de la majorité : Copé à l’UMP, Jacob à la présidence du groupe, Baroin à Bercy, Pécresse au Budget. Avec des postes moins sensibles, Chatel à l’éducation et Le Maire à l’agriculture complétaient le tableau.
Mais comme il fallait s’y attendre il arrive un moment où les ambitions des uns et des autres font que cet attelage ne tient plus. Ils sont montés ensemble, désormais, chacun choisit son camp.

L’éparpillement

Des six, c’est bien évidemment Jean-François Copé qui a le mieux tiré son épingle du jeu. A la tête du parti, il est en position de force pour gagner la bataille du leadership qui commence face à François Fillon. Christian Jacob, peut-être le moins ambitieux des six, a sans hésiter endossé le rôle du fidèle parmi les fidèles, celui sur lequel on peut compter quoi qu’il arrive. Luc Chatel, qui lui non plus ne semble pas promis aux plus hautes sphères a également rejoint le secrétaire général de l’UMP sans grande hésitation.

Pour les trois autres, c’est différent. Sur une ligne plus chiraco-gaulliste ils n’hésitent pas depuis quelques jours à mettre en cause la stratégie de l’UMP lors de l’élection présidentielle et des élections législatives. Opposés à la “droitisation” du parti et au “ni-ni” cher à Copé ils se posent aujourd’hui en opposants politiques. Valérie Pécresse, en annonçant hier son ralliement à François Fillon a franchi le rubicond la première. François Baroin et Bruno Le Maire tentent eux de jouer leur carte personnelle et vont certainement être candidats à la présidence de l’UMP, au moins pour un temps et pour prendre date. Mon sentiment est qu’ils n’auront d’autre choix que celui de se rallier à l’un ou à l’autre avant l’automne, et très certainement à François Fillon. Chacun trace aujourd’hui son chemin et à n’en pas douter les choix faits en ce moment par les uns et les autres esquissent les lignes de fracture à droite pour les quinze ans à venir.

Pourquoi Copé est-il le seul à vraiment émerger ?

On a beaucoup raillé l’ambition affichée de Jean-François Copé mais elle lui a permis de ne pas s’enfermer dans le rôle du quadra éternel fidèle mais second couteau, qui finit par devenir un quinqua et n’est finalement jamais en position de se présenter à la seule élection qui l’intéresse vraiment : la présidentielle. A gauche les Valls, Moscovici, Montebourg, Hamon, ont longtemps été dans cette position, et les années dans l’opposition seront dures pour les mousquetaires : se voir vieillir sans pour autant avancer politiquement c’est voir s’éloigner ses chances d’un destin présidentiel. Je crois que Le Maire comme Baroin sont dans ce cas. Finalement n’auraient-ils pas intérêt à ce que le débat s’enlise pour pouvoir se présenter comme arbitres ?
D’autant que derrière, la génération suivante est déjà là :  Laurent Vauquiez (37 ans) et Nathalie Kosciusko-Morizet (39 ans). D’ores et déjà ralliés à François Fillon, ils comptent bien peser à droite dans les années à venir et n’entendent pas faire de la figuration.

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Grèce, austérité, eurobonds, pourquoi Merkel bougera.

Même si personne n’en doutait vraiment, il faut bien faire le constat que l’élection de François Hollande n’a pas fait changer la position de l’Allemagne sur la crise de la monnaie unique. La chancelière Angela Merkel continue d’exiger plus d’austérité, plus de discipline budgétaire, au risque d’étouffer la croissance.

Pourquoi cette intransigeance ?

Dans l’histoire moderne des relations franco-allemandes, les nouveaux “couples” de dirigeants passent toujours par une période d’observation tendue. Chacun se jauge. “Merkollande” ne fait pas exception à la règle. Nous sommes toujours dans la phase d’observation, ou chacun campe sur ses positions et teste celles de son partenaire.

Angela Merkel a intérêt à rester sur une position dure et à lâcher le moins possible pour arriver en position de force au conseil européen des 28 et 29 juin prochains.
Il lui faudra faire des concessions lors de ce rendez-vous crucial pour la zone Euro, elle n’a donc aucun intérêt à en faire avant sans quoi elle affaiblirait sa position.

Enfin il lui faut gérer son opposition socialiste avec en ligne de mire les élections générales de septembre 2013. Les positions du SPD sur la résolution de la crise européennes ne sont pas très éloignées de celles de François Hollande ; suivre François Hollande, c’est donner raison à son opposition, ce qui est difficile pour elle à un peu plus d’un an d’un rendez-vous électoral crucial. D’ailleurs il n’est pas certain qu’il était très adroit de la part du président français de recevoir cette semaine les dirigeants du SPD. En faisant cela il court le risque de figer plus encore les positions de la chancelière.

Ce qui a changé

Mais à mon sens cette posture allemande va évoluer dans les prochains jours. En rencontrant Mario Monti la semaine dernière, Mariano Rajoy quelques jours plus tôt, François Hollande a voulu montrer que le couple franco-allemand n’était pas exclusif et que des accords et des axes politiques pouvaient être trouvés en l’absence de la chancelière. Message reçu à Berlin ou ce rapprochement a été assez mal reçu. Au G20 déjà, François Hollande avait reçu le soutien du Président des Etats-Unis Barack Obama, lui aussi inquiet du manque d’un volet “croissance” dans les plans de relance européens successifs.

Autre élément à même de faire bouger les lignes : la crise empire. En Grèce, en Espagne, au Portugal, les mauvaises nouvelles s’accumulent au point que nous sommes à nouveau à un moment où la faillite de la Grèce et un effondrement de la zone Euro est possible, voire probable. Or depuis 2008, l’Allemagne n’a cessé d’évoluer et de céder au coup par coup, une fois au pied du mur, au point qu’on peut penser que c’est en partie à cause de son conservatisme en la matière que le problème perdure encore aujourd’hui.

Angela Merkel est, je crois, une pragmatique. En aucun cas elle ne laissera l’Allemagne être isolée en Europe et dans le monde. Elle posera des conditions à ses concessions, c’est certain, mais elle devra céder sur les eurobonds, sur une forme de solidarité financière intra-européenne et sur un plan de relance au niveau européen par l’investissement. En espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard.

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